Bonaparte, cependant, tout ahuri, avait laissé partir son sauveur, sans un mot; comme fasciné, il considérait cet or qui semblait tombé du ciel.

Puis, tout à coup, prenant sa course, il s'élança vers la ville, entra comme une trombe dans la pauvre chambre où madame Bonaparte cousait avec ses filles...

Il répandit, ainsi qu'un semeur le grain, les pièces d'or sur la table, en s'écriant:

—Mère, nous sommes riches!... Mes sœurs, vous pourrez manger tous les jours et vous acheter chacune une robe neuve... Ah! c'est un coup du sort!...

Et il faisait ruisseler les pièces joyeusement autour de lui...

Et ses oreilles s'emplissaient du tintement du métal sur le carreau...

Plus tard, Napoléon fit rechercher par la police son bienfaiteur. Desmazis, caché dans un village de la Provence, s'occupait d'horticulture. Il cultivait des violettes et semblait ne plus se souvenir du camarade qu'il avait si à propos obligé.

Napoléon eut toutes les peines du monde à lui faire accepter trois cent mille francs à titre de remboursement; il lui donna en même temps la place d'administrateur des jardins de la couronne.

Les dix mille francs prêtés par l'ancien camarade de régiment, non seulement sauvèrent de la misère Bonaparte et de la famine les siens, mais ils permirent aussi à Joseph de faire un riche mariage, en parant aux premières nécessités de la vie quotidienne.

M. Clary, le propriétaire de la maison, avait deux charmantes filles: Julie et Désirée.