[XVI]
JEMMAPES

Robespierre avait dit: La guerre est absurde.

Et il avait ajouté: Il faut la faire quand même!

C'était le Credo républicain.

La guerre était absurde parce qu'on n'avait ni soldats, ni généraux, ni armes, ni munitions, ni vivres, ni argent,—rien de ce qui permet à un peuple d'entrer en campagne pour attaquer, ou de se resserrer sur son territoire pour barrer la route à l'invasion.

Les généraux étaient tous des royalistes et des traîtres: Dumouriez, Dillon, Custine, Valence.

Le jeune duc de Chartres, qui devait plus tard s'appeler Louis-Philippe, était favorisé par le général en chef. Dumouriez, dans un but secret, devançant de beaucoup trop d'années l'avenir, avait réservé au prince royal un rôle très brillant: le jeune duc devait occuper la Meuse et arrêter les Autrichiens en marche sur Valenciennes et Lille. On lui ménageait ainsi des lauriers susceptibles de se transformer en fleurs de couronne.

Bien que le duc de Chartres se soit conduit très bravement dans l'immortelle journée de Jemmapes, ce fut un simple domestique, nommé Baptiste Renard, au service de Dumouriez, qui rallia la brigade du jeune prince, ébranlée et prête à reculer, décidant ainsi de la victoire au centre.

L'armée,—il n'y avait pas d'armée, mais une cohue de combattants équipés à la diable, dont beaucoup étaient encore vêtus de la blouse et du sarreau rustiques, beaucoup sans fusils, armés de piques, forgées à la hâte,—n'avait ni cohésion, ni discipline, ni instruction. C'était le peuple debout, ayant, dans un instant d'enthousiasme, empoigné les armes qui se trouvaient sous sa main, courant pêle-mêle à la délivrance du sol natal.

Ils allaient en chantant, ces volontaires sublimes. La Marseillaise, la Carmagnole, le Ça ira rythmaient leur marche tumultueuse.