Mais ces bandes héroïques avaient la foi, l'entraînement, l'élan...

Elles eurent bien vite raison, à Valmy, des vieilles troupes mercenaires.

A Jemmapes, l'infanterie improvisée des volontaires de la République, commandée, il est vrai, par de vieux sous-officiers comme Hoche et Lefebvre, remplaçant les officiers nobles passés à l'ennemi, allait devenir, pour vingt ans, la reine des batailles.

Le 5 novembre 1792, au coucher du soleil, rouge vif, traînant comme une bannière de sang à l'horizon, l'armée de la République déboucha devant les formidables positions de Jemmapes.

Les hauteurs qui avoisinent la ville de Mons supportent trois villages, aujourd'hui centres actifs d'exploitation houillère: Cuesmes, Berthaimont, Jemmapes.

Les Autrichiens s'étaient retranchés sur ces positions. Des redoutes, des abatis de bois, des palissades, quatorze petits fortins, une artillerie nombreuse, des chasseurs tyroliens embusqués dans les bois, la cavalerie massée dans les vallons entre les trois villages, prête à déboucher et à sabrer les Français montant imprudemment à l'assaut des collines, telle était l'inexpugnable forteresse naturelle que les conscrits de la liberté avaient à enlever.

Le duc de Saxe-Teschen, prince d'Empire, lieutenant de l'empereur d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas, commandait en chef, ayant sous ses ordre Clerfayt, général habile, mais dont les sages conseils ne purent prévaloir. Clerfayt se défiait de l'impétuosité gauloise et, au lieu d'attendre l'assaut, il proposait de déboucher, par trois colonnes, la nuit, sur les Français surpris, et de les disperser avant qu'ils aient pu adopter un ordre de bataille. L'avantage devait rester dans cette surprise à des troupes aguerries et disciplinées.

Le duc de Saxe-Teschen, heureusement, considéra comme peu glorieuse une attaque de nuit: il rêvait l'apothéose d'une retentissante bataille, livrée au grand soleil.

Dumouriez profita de l'inaction de l'ennemi pour disposer son armée en demi-cercle: le général d'Harville commandait l'extrême droite; Beurnonville, la droite marchant sur Cuesmes; le duc de Chartres, occupant le centre, devait attaquer Jemmapes de front, le général Ferrand manœuvrait sur le flanc du village à gauche. L'ordre était de s'avancer en colonnes, par bataillons. La cavalerie soutenait les flancs. L'artillerie avait été bien disposée pour enfiler les vallons séparant les trois collines. Les hussards et les dragons étaient massés entre Cuesmes et Jemmapes pour barrer la route à la cavalerie autrichienne.

Ces dispositions prises de part et d'autre, on alluma les feux et on passa la nuit à s'observer.