Tandis que la bataille se préparait, voici ce qui se décidait dans le château de Lowendaal, campé à mi-côte du village de Jemmapes, entre les deux armées.

Un ruisseau et un bouquet de bois le protégeaient du côté des Français, la montagne s'élevant derrière les tourelles l'abritait du feu des Autrichiens.

Terrain neutre entre les deux camps, le château avait été désigné comme poste avancé par les deux états-majors.

Des escouades françaises, envoyées en reconnaissance, avaient rencontré sous ses murailles, venant en sens inverse, des patrouilles autrichiennes. On s'était salué de quelques coups de fusil, puis chaque petite troupe s'était repliée, pour faire le rapport sur la situation.

Les Autrichiens soutenaient que le château était au pouvoir des Français, et les Français déclaraient que les Autrichiens y avaient déjà pris position.

Le résultat fut que la demeure du baron de Lowendaal resta seulement occupée par ses hôtes naturels.

Le baron de Lowendaal, arrivé de l'avant-veille, y avait reçu, comme il avait été convenu, son ami le marquis de Laveline, accompagné de Blanche.

Les troupes n'ayant pas encore opéré leur mouvement de concentration, le baron, plus épris que jamais de Blanche, rassuré par Léonard sur les suites de son aventure d'amour avec Herminie de Beaurepaire, n'avait pas hésité à hâter les préparatifs de son mariage.

Beaurepaire mort, Herminie, corps sans raison et sans existence sociale, ne pouvait plus être un obstacle. De ses reproches, de ses plaintes, de ses menaces, Lowendaal se trouvait affranchi. La preuve vivante de ses importunes amours, la petite Alice, avait disparu; le baron se trouvait donc absolument libre...

Il touchait au but de ses désirs. Encore quelques heures et il posséderait Blanche.