—Alors, vous me fusillerez avec lui! dit simplement Catherine. Il ne sera pas raconté par la suite, dans nos camps, que Catherine Lefebvre, la cantinière du 13e, aura laissé passer par les armes un brave garçon qui n'est venu que pour elle se faire prendre par les Autrichiens. Allons, colonel, donnez les ordres, et qu'on fasse vite, car je pourrais m'attendrir... ce n'est pas toujours drôle de penser qu'on va recevoir douze balles dans la peau, quand on est jeune... et qu'on aime son mari!... Pauvre Lefebvre, j'vas lui manquer! Enfin, c'est la guerre!...
—Pardon, excuse, mon colonel, dit La Violette, de sa voix enfantine, si ça ne vous faisait rien de me fusiller tout seul... car moi je l'ai mérité, oh! je ne dis pas non! chacun pour soi et malheureux qui est pris!... moi, je ne dois pas y couper au peloton d'exécution... Mais m'ame Lefebvre n'a rien fait... parole, mon colonel, c'est moi qui l'ai traînée ici!...
—Toi... et pourquoi cela?... Que venait-elle chercher avec toi dans cette demeure?
—Je l'ai forcée à venir... pour porter l'enfant, donc! quand on se serait entendu... moi, je ne suis pas fameux comme nourrice...
—Quel enfant?... Oh! mon Dieu, s'écria Neipperg se penchant vers Catherine, vous deviez porter un enfant... Cet enfant?
—C'est le vôtre, monsieur le comte... j'avais promis à mademoiselle de Laveline de lui remettre son fils, ici, à Jemmapes...
—Et vous avez risqué?... Oh! brave cœur!... Et où est-il, mon enfant?...
—En sûreté au camp français... auprès de sa mère...
—Mademoiselle de Laveline n'est donc plus ici!... que m'apprenez-vous?...
—Elle s'est enfuie... au moment où son père allait la contraindre à épouser le baron de Lowendaal...