—Demain, chère amie, chère femme, dit en souriant Neipperg, il faut que je me batte... Quand nous aurons mis les Français en déroute, je pourrai revenir sur mes pas et poursuivre les misérables qui nous ont volé notre enfant... mon devoir de soldat passe avant mes angoisses de père!...
Blanche poussa un soupir et dit:
—Je vous obéis... j'attendrai donc... Oh! que cette nuit, que cette journée vont me paraître longues!...
Neipperg réfléchissait profondément.
—Blanche, dit-il tout à coup avec gravité, qu'allez-vous devenir ici, seule femme au milieu de tant de gens de guerre rassemblés?... Je ne puis me tenir sans cesse auprès de vous... et ma protection ne saurait être que discrète, réservée... je suis sans droits pour vous faire respecter... pour réclamer en votre nom l'aide, les égards, et même l'appui de nos généraux, de nos princes, de nos soldats aussi... Blanche, me comprenez-vous?...
Mademoiselle de Laveline rougit, baissa la tête, et ne répondit pas.
Neipperg continua:
—Si nous rejoignons, après la bataille, votre père et M. de Lowendaal, croyez-vous qu'ils ne se targueront pas de leur autorité!...
—Je résisterai... je me défendrai...
—Ils vous domineront par votre enfant... qu'ils garderont... ainsi ils s'empareront de mon fils!... quel droit pourrais-je invoquer pour réclamer cet enfant, pour leur ordonner de vous le remettre?... Blanche, avez-vous songé à cette difficulté que rien ne saurait surmonter... rien que votre volonté?