Le canon et la baïonnette furent seuls employés...
De loin, l'artillerie ravageait les défenses autrichiennes, puis, à l'arme blanche, les volontaires, les gardes, les bourgeois et les ouvriers d'hier s'élançaient sur les pièces, sabraient les artilleurs, enfonçaient les carrés d'infanterie, arrêtaient les escadrons, les cavaliers en un instant culbutés...
Les antiques bandes impériales, les vétérans des guerres dynastiques, furent décimés, dispersés, anéantis, par ces héros à jeun, dont beaucoup portaient encore le sarrau campagnard, la veste de l'artisan, et dont les mains pour la première fois maniaient le fusil.
Le général d'Harville commandait à gauche, avec le vieux général Ferrand. Chargé d'enlever le village de Jemmapes, celui-ci trouva de la résistance; Dumouriez lui envoya Thévenot comme renfort, qui, bientôt, pénétrait victorieux dans la place. Il était midi.
Beurnonville attaquait à droite. Sous ses ordres, Dampierre commandait les volontaires parisiens. A ces enfants des faubourgs de Paris revint l'honneur d'emporter les trois redoutes. Ils hésitaient un peu, nos guerriers improvisés. L'imposante ordonnance de l'armée autrichienne les surprenait. Les dragons impériaux les chargeaient avec un ensemble magnifique et terrifiant. Intrépides, face à la mort, croisant le fusil, ils se laissèrent aborder, puis, faisant feu à bout portant, se jetèrent la baïonnette en avant et dispersèrent cette cavalerie chamarrée. Les hussards de Dumouriez achevèrent la déroute, détruisant tout, jusqu'à Mons.
Au centre, deux brigades s'étaient arrêtées. Un combattant, sans grade, sans uniforme, le valet de chambre de Dumouriez, Baptiste Renard, prit sur lui de les rallier, de les entraîner, et assura la victoire sur ce point. Là commandait le lieutenant-général Egalité, plus connu par la suite sous le nom de Louis-Philippe.
Ce fut au chant de la Marseillaise et du Ça ira que les derniers retranchements des Autrichiens furent emportés par les bataillons parisiens, celui de la section des Lombards entre autres, et par les braves volontaires. Les troupes de ligne, le 13e léger où Lefebvre se battit comme un enragé, les chasseurs et hussards de Berchiny et de Chamborand contribuèrent également à cette victoire décisive, qui préservait la France de l'invasion, délivrait la Belgique, écrasait les vieilles bandes d'Allemagne et donnait à la République naissante le baptême de la gloire.
Après la bataille, on se mit en mesure de souper, chez les vainqueurs.
L'heure du déjeuner et du dîner était passée. On se rattrapa sur le repas du soir.