Aussi peut-on croire que le sang eût été épargné dans cette journée, dont les résultats étaient déjà acquis par la retraite de Louis XVI, si un de ces terribles hasards, comme il s'en produit dans ces moments confus, n'était venu donner le signal d'un massacre impitoyable.
Les Marseillais et les Bretons ayant pour chef un ami de Danton, ancien sous-officier, Westermann, Alsacien, militaire très énergique, pénétrèrent dans les cours du château. Il y en avait trois à cette époque, et le Carrousel, beaucoup plus restreint qu'aujourd'hui, était couvert de maisons.
Westermann avait rangé sa troupe en bataille. Les Suisses étaient postés aux fenêtres du château, prêts à faire feu.
On s'observait. Westermann dit quelques mots en allemand aux Suisses pour les dissuader de tirer sur le peuple et les encourager à fraterniser.
Déjà quelques-uns de ces infortunés mercenaires lançaient des cartouches par les fenêtres, en signe de désarmement.
Les patriotes, encouragés, rassurés par ces démonstrations pacifiques, s'engagèrent sous le vestibule du château.
Une barrière était placée au bas des marches du grand escalier, conduisant à la chapelle.
Sur chaque degré, deux Suisses, l'un adossé au mur, l'autre à la rampe, se tenaient debout, immobiles, muets et sévères, le fusil en joue, prêts à faire feu...
Avec leur haute stature, leurs bonnets à poils et leurs habits rouges, ces montagnards enrégimentés étaient imposants et devaient inspirer la crainte.
Mais il n'y avait pas que des fédérés bretons ou marseillais dans cette foule. Des loustics du faubourg s'y étaient faufilés. Gavroche est de tous les temps et de toutes les fêtes: on est sûr de le retrouver au premier rang, les jours de bataille, les matins d'exécution et les soirs de feu d'artifice.