Quelques-uns de ces Parisiens, farceurs intrépides, imaginèrent d'attirer à eux, avec des crocs, avec des piques, deux ou trois des Suisses des plus rapprochés...
Les hommes ainsi happés se laissèrent assez facilement entraîner, contents peut-être d'échapper à une bagarre possible, se croyant hors d'affaire.
Cette pêche aux Suisses allait continuer, aux éclats de rire des assistants, quand tout à coup, sans qu'on ait jamais pu démêler, dans la fumée du combat, l'origine du premier coup de feu et la responsabilité du signal du massacre, une trombe de projectiles balaya cette foule jusque-là inoffensive, et plutôt gouailleuse que menaçante.
On est en droit de croire que des gentilshommes, postés sur le palier du haut, voyant les Suisses accrochés se laisser aller sans résistance, prêts à fraterniser, pour arrêter la défection et creuser un fossé sanglant entre le peuple et la garde, ont tout à coup tiré...
Les deux Suisses déjà au milieu du peuple tombèrent frappés les premiers...
Le feu plongeant, dirigé avec sang-froid par les défenseurs du château, fut terrible...
En un instant le vestibule fut plein de cadavres.
Le sang coulait en ruisseaux sur les dalles...
Une fumée épaisse avait envahi le vestibule...
Au signal des coups de feu de l'intérieur, la fusillade s'était engagée partout.