Les Suisses et les gentilshommes, dont beaucoup avaient revêtu l'uniforme de la garde, tiraient à l'abri des fenêtres barricadées. Tous leurs coups portaient...

Les cours s'étaient vidées. Le Carrousel était balayé. Les Suisses firent alors une sortie vigoureuse jusque dans la rue Saint-Honoré.

Mais les Marseillais, les Bretons, les gardes nationaux revinrent en forces, avec du canon. Les Suisses étaient débordés, le château fut envahi. Rien ne résista à la foule triomphante. La plupart des Suisses furent massacrés dans les appartements, dans les jardins; jusqu'aux Champs-Elysées, on les poursuivit. Plusieurs durent la vie à la générosité des vainqueurs, qui s'efforcèrent de les protéger contre la fureur populaire.

Le roi avait été sommé de faire cesser le feu des Suisses. Il donna l'ordre à M. d'Hervilly, mais ce chef des Chevaliers du poignard se réserva de s'en servir selon les circonstances. Il croyait alors, avec la reine, que force resterait aux défenseurs du château et que le feu des Suisses aurait raison de ce qu'il appelait la canaille. Quand il reconnut son erreur, il était trop tard: le château était au pouvoir du peuple et le roi, prisonnier dans l'enceinte de l'Assemblée, n'allait pas tarder à être écroué au Temple.

Catherine, qui n'avait plus peur, après avoir suivi avec émotion les débuts de l'affaire, rassurée bientôt, n'entendant pas de coups de feu, s'était aventurée jusqu'à gagner le Carrousel...

Elle voulait voir si le tyran mettait de la bonne volonté à déguerpir et à hâter sa noce...

Et puis, elle se disait aussi, que peut-être, parmi les combattants, elle apercevrait son Lefebvre...

Cette idée de le surprendre, noir de poudre, se battant comme un démon au premier rang, sous la mitraille, loin de lui inspirer de la crainte, l'enhardissait...

Elle aurait voulu être près de lui, pouvoir lui passer les cartouches... plus que cela: tenir elle-même un fusil, le charger et faire feu sur les défenseurs du tyran!...

Elle se sentait une âme de guerrière, à l'odeur de la poudre...