Tous les dangers de son Lefebvre elle aurait voulu les partager, et de la gloire qu'il allait acquérir elle se montrait à la fois fière et un peu jalouse...
Non! pas une seule fois la pensée ne lui vint qu'il pouvait tomber sous les balles des Suisses...
Ne leur avait-on pas prédit qu'il commanderait des armées et qu'elle serait sa femme!... Ni l'un ni l'autre n'étaient destinés à périr en cette journée...
Et, bravant le péril, elle avançait toujours plus près des canonniers et des Marseillais, cherchant Lefebvre et dédaignant la mort...
Quand la furieuse fusillade des Suisses éclata, il y eut une affreuse débandade...
Catherine fut entraînée par la masse des fuyards dans la rue Saint-Honoré.
Vers sa boutique elle s'en revint, redoutant que la panique ne se propageât jusque-là et qu'on n'envahît sa maison...
Elle n'avait pas perdu tout espoir, mais elle commençait à craindre que sa noce ne fût reculée...
—Ah! les hommes!... ils n'ont donc pas de cœur de lâcher pied ainsi! grognait-elle en piétinant de rage sur la porte de sa blanchisserie... Oh! si j'avais eu un fusil, je serais restée, moi!... Je parie bien que Lefebvre ne s'est pas sauvé, lui!...
Et, fiévreuse, impatiente, elle prêtait toujours l'oreille... guettant la victoire qu'elle attendait toujours...