Avait-il, en revenant ainsi précipitamment, le projet préconçu de renverser le gouvernement et de substituer sa volonté à la Constitution existante? Nullement. C'était un grand rêveur, Napoléon Bonaparte. Il avait entrevu la possibilité d'un changement de régime comme l'hypothèse de la reconstitution d'un empire carlovingien. Il subordonnait aux événements la réalisation de ces utopiques conceptions.

Le 18 brumaire a été commandé par l'opinion, exécuté par Bonaparte. Le Directoire était discrédité; la France, lasse de cette dictature de l'incapacité. Elle ne savait pas ce qu'elle voulait, mais elle le voulait absolument. Si Bonaparte n'eût pas tenté le coup de Brumaire, Augereau, Bernadotte ou Moreau l'eussent essayé.

Bonaparte avait groupé autour de lui tout un état-major brillant et valeureux: Lannes, Murat, Berthier, Marmont, puis des légistes, inclinant la jurisprudence devant la force comme Cambacérès, des pêcheurs en eaux troubles comme Fouché et Talleyrand. Ses deux frères, Lucien et Joseph, travaillaient activement pour lui, Lucien surtout qui était membre des Cinq-Cents.

Le complot s'organisa sans grandes précautions.

Tout le monde en était, ou à peu près.

Le 18 brumaire,—9 novembre 1799,—à six heures du matin, tous les généraux et officiers supérieurs, convoqués par Bonaparte, se trouvaient rassemblés dans son hôtel de la rue de la Victoire, sous le prétexte d'une revue à passer. Il y avait les six adjudants de la garde nationale, et, à leur tête, Moreau, Macdonald, Murat, Sérurier, Andréassy, Berthier, plus le prudent Bernadotte, seul en civil.

Un seul général important manquait. Bonaparte en fit la remarque avec inquiétude:

—Où donc est Lefebvre? demanda-t-il à Marmont. Lefebvre ne serait-il pas avec nous?...

Au même instant, on annonça le général Lefebvre.

Il avait fait du chemin, le mari de la Sans-Gêne.