Il avait épousé Letizia Ramolino, née le 24 août 1749, belle jeune fille aux traits purs, au profil de camée antique, qui devait par la suite montrer tant de fermeté et de finesse, avec un esprit de prévoyance singulièrement aiguisé.

Quand, portant le titre de Madame Mère, elle trônait à côté de ses fils, dominateurs de l'Europe, ne répondait-elle pas à Napoléon, qui lui reprochait de ne pas dépenser toute sa liste civile: «Je fais des économies pour vous, mes enfants, qui en aurez peut-être un jour besoin!»

Selon une tradition non démentie, Napoléon Bonaparte naquit de Charles et de Letizia, le 15 août 1769.

Il se trouvait ainsi le second des fils du couple Bonaparte. Une assertion, fort plausible, affirme que Joseph n'est que le cadet. Ce serait lui l'enfant né à Ajaccio. Napoléon, né le 7 janvier 1768, aurait eu Corte pour berceau.

L'acte de naissance, existant à l'Ecole militaire, et produit pour l'admission du jeune Napoléon, porte bien la date du 15 août 1769, mais d'autres pièces peuvent justifier la confusion qui s'est établie par la suite. L'acte de mariage de Bonaparte et de Joséphine principalement. On a dit que Joséphine, par coquetterie, s'était rajeunie, ce qui est exact, mais on a ajouté que Bonaparte, pour rapprocher les distances d'âge, s'était, de son côté, vieilli de deux ans. Il a pu être incité à donner son âge vrai, par galanterie, et puis les motifs qui avaient poussé ses parents à une substitution d'actes d'état civil, n'existaient plus. La raison, en effet, de ce rajeunissement, tenait tout entière dans la condition d'âge pour l'admission à l'Ecole militaire de Brienne.

L'aîné, Napoléon, avait dépassé l'âge limitatif de dix ans. Ses parents, en lui attribuant l'acte de naissance de Joseph, plus jeune de deux ans, et dont les goûts n'étaient pas du tout militaires, auraient ainsi rendu possible l'entrée à l'école du futur général.

Deux circonstances influèrent sur la formation de ses idées et la trempe de son caractère: les perturbations politiques de son pays natal et la détresse de sa famille.

La guerre civile autour de son berceau, la misère au foyer paternel, endurcirent son âme et assombrirent son enfance.

Il était sérieux en entrant à l'École de Brienne; il en sortit triste, ulcéré.

Ses camarades s'étaient moqués de son accent italien, de son nom baroque de Napoleone,—on l'appelait Paille-au-Nez; ils l'avaient insulté dans sa pauvreté: on sait combien sont féroces ces railleries d'enfant et quelles cruelles plaies elles laissent à leurs victimes.