Elève studieux, fort en mathématiques, jouant peu, si ce n'est au fort de l'hiver, où, stratégiste précoce, il conduisait les assauts enfantins, à coups de boules de neige, donnés à des forteresses de glace, dans la cour de l'École de Brienne, il vécut, presque inaperçu, ces premières années de son existence.
Ce fut alors qu'il se lia avec Bourrienne, futur concussionnaire, son secrétaire intime, qui s'est vengé des bienfaits et de l'indulgence de son ami, devenu son empereur, en le bafouant et en le calomniant dans des mémoires payés par la police de la Restauration.
De Brienne, il passa à l'Ecole Militaire et, là encore, il souffrit, endurant ces petites blessures quotidiennes, supportant ces piqûres d'épingle qui parfois font mourir, que les jeunes gens pauvres connaissent, et dont ils n'osent se plaindre. Il n'avait nul argent et, ne pouvant partager les plaisirs coûteux des fils de famille, il se tenait à l'écart, un peu en paria. Cet isolement, à l'âge où le cœur aime à s'épancher, a contribué certainement à rendre impassible, et impitoyable aussi, celui qui devait devenir l'homme de bronze.
Il avait perdu son père, mort, d'un cancer à l'estomac, à l'âge de trente-neuf ans, lorsqu'il fut nommé, le 1er septembre 1785, lieutenant en second à la compagnie des bombardiers du régiment de la Fère, en garnison à Valence.
Il occupait ses loisirs de garnison à écrire une histoire de la Corse, et, débutant dans le monde, il prenait des leçons de danse du professeur Dautel et faisait la cour aux dames de la ville, rencontrées dans le salon d'une dame du Colombier.
Son régiment fut envoyé successivement à Lyon, à Douai. Il obtint un congé qui lui permit d'embrasser sa famille, à Ajaccio, et après un voyage à Paris, où il logea à l'hôtel de Cherbourg, rue du Four-Saint-Honoré, il reçut l'ordre de rejoindre son régiment à Auxonne, le 1er mai 1788.
Le travail, les privations,—il ne se nourrissait guère que de lait, faute d'argent,—le rendirent malade.
Pour soulager sa mère, restée veuve avec huit enfants, Napoléon avait pris auprès de lui son jeune frère Louis.
Il vivait avec cet enfant, en émargeant quatre-vingt-douze francs quinze centimes par mois.
Deux pièces sans feu, sans meubles, composaient tout son logement. Dans l'une, garnie d'un grabat, avec une malle pleine de paperasses, une chaise de paille et une table de bois blanc, travaillait et dormait l'hôte promis aux Tuileries et à Saint-Cloud. Le futur roi de Hollande couchait dans la pièce voisine, sur un matelas jeté par terre.