—Veillez sur Renée... je vais l'embrasser avant de partir!

La marquise fit un signe de tête affirmatif, indiquant qu'elle avait compris et qu'elle se souviendrait de la recommandation.

Le comte, léger, joyeux, émancipé, fit un dernier signe du pommeau de la cravache à son ami le marquis, déjà tout préoccupé des chemins creux où il irait se poster avec ses fermiers, guettant les soldats de la République isolés ou marchant par petites troupes, puis il se rendit à un des tournants de la route de Fougères, vers une blanche maison, proprette et fleurie, qu'on nommait la Garderie.

Là, jadis, était un rendez-vous de chasse, un poste de gardes des seigneurs de Mayenne.

Le comte arrêta son cheval devant l'échalier fermant la cour, au milieu de laquelle se trouvait la maisonnette.

Il mit pied à terre, effrayant et chassant les poules picorant dans l'herbe, les canards barbotant au milieu d'une mare que recouvrait à demi une taie verdâtre.

Un chien avait aboyé.

—Paix! paix! Ramonneau!... dit une voix forte, ne reconnais-tu pas notre bon seigneur?...

—Oui, c'est moi, père La Brisée... et quoi de nouveau à la Garderie?

—Rien de nouveau, monseigneur!... dit le vieux garde-chasse, debout sur le seuil de sa maison, vêtu de sa veste de velours, botté, le couteau sur la cuisse, prêt à découpler ses chiens pour la battue ou à décrocher son fusil, pour l'affût au coucher du soleil.