Dans l'intérieur soigneusement lavé, poli, frotté de la pièce servant de cuisine et de salle à manger, des trompes de chasse faisaient étinceler leurs cuivres, à côté de fouets alignés et de défenses de sangliers, d'andouillers, de têtes de cerfs et de museaux de renards, garnissant les parois.
—Monseigneur veut-il me faire l'honneur d'entrer un instant se reposer et d'accepter un pot de cidre?
—Ce ne serait pas de refus, en un autre moment, mon bon La Brisée, mais aujourd'hui impossible... Je pars... je vais faire une assez longue absence...
La Brisée eut un mouvement où il y avait de la tristesse.
—Ah! monseigneur nous quitte, dit-il... A une époque pareille!... Qu'allons-nous devenir?
—Je reviendrai, mon vieux La Brisée, il s'agit d'un voyage... un simple voyage d'agrément.
—Monseigneur est le maître de rester ou de s'en aller! dit avec résignation le garde-chasse... et monsieur le comte a-t-il des ordres à me donner pour le temps de son absence? ajouta-t-il en reprenant son ton ordinaire de serviteur soumis.
—Oh! pas grand'chose, La Brisée... le droit de chasse est présentement aboli et cela te laisse des loisirs...
La Brisée fit un geste mélancolique, et murmura:
—C'est l'abomination de la désolation!... Si encore on s'était contenté de supprimer...