—Par le consul général autrichien...
—Oh! le misérable!... Est-ce qu’il aime Alice?... est-ce une jalousie?... une rivalité?
—Je ne le crois pas... Ce consul a agi par animosité, par vengeance plutôt; il déteste la France... il hait d’une haine implacable notre empereur... il exècre en lui le soldat de la Révolution, l’invincible épée qui impose à toute la terre les principes de 89... C’est un aristocrate, un ennemi de tous les hommes nouveaux, les jacobins, les régicides comme il nous appelle!... J’ai des renseignements fort précis sur lui... Fouché m’a fait transmettre un rapport très circonstancié...
—Ne te fie pas à Fouché!
—Oui, j’entends... ce faquin d’ancien curé est un traître, comme Talleyrand, autre défroqué... Ce sont les mauvais génies de l’Empereur... à eux deux ils combinent un tas de choses louches... certainement ils sont vendus à l’Angleterre!... Mais, pour ce qui concerne le consul général, Fouché devait donner des avis exacts... ils ne servent pas le même maître... Le consul est l’agent secret de l’Autriche, Fouché a intérêt à le contrecarrer puisqu’il travaille pour les Anglais... Ah! si l’Empereur m’écoutait! comme je balaierais toute cette vermine de cour!... comme je me fierais seulement à ses vieux compagnons de gloire, à ses soldats fidèles, Davoust, Duroc, Lannes, Bessières, et moi... Il n’y a pas un traître parmi nous... tandis qu’il s’entoure de ces avides et suspects aventuriers Bernadotte, Marmont, Talleyrand, Fouché... Ils le perdront, ma pauvre Catherine, et la France avec lui!...
—L’Empereur s’apercevra bien un jour que ces conseillers-là sont des traîtres... mais, Lefebvre, veillons au plus pressé... Que vas-tu faire pour sauver Henriot... car ils veulent le fusiller, n’est-ce pas!...
—Oui... Pris sous un déguisement dans une ville en état de siège, où il s’est introduit par fraude, il doit être passé par les armes. Les lois de la guerre sont inexorables!... dit avec gravité le maréchal; si moi-même je surprenais ici, vêtu d’un costume d’emprunt, un officier prussien, je ne pourrais à aucun prix lui éviter le peloton d’exécution...
—Rien alors ne peut sauver notre Henriot?...
—Rien... qu’un miracle!... Il faudrait que je puisse, avec mes grenadiers, me jeter brusquement dans la ville...
—Eh bien! va!... entre dans cette ville... commande l’assaut! dit avec enthousiasme la maréchale.