—Eh bien! il était encore à l’avant-poste de la redoute, se disposant à rentrer au quartier général, quand une voiture venant de Kœnigsberg se présenta. Le cocher exhiba un sauf-conduit, bien en règle, autorisant le consul général d’Autriche à traverser les lignes françaises avec sa suite, et à se présenter aux portes de Dantzig. L’ordre était signé de Rapp. On le présenta à Henriot qui s’inclina et commanda de laisser passer. Par curiosité, il se pencha et regarda dans l’intérieur de la voiture. Il poussa un cri de surprise. Devine qui son œil troublé venait d’apercevoir?
—Je ne peux pas deviner... il y avait le consul général...
—Oui, et trois dames... La femme du consul général, la princesse de Hatzfeld, femme du bourgmestre de Berlin, et une jeune fille... Sais-tu qui était cette jeune fille?...
—Comment pourrais-je le savoir?... Dis-moi tout sur-le-champ...
—C’était Alice, notre chère Alice... L’enfant sauvée du bombardement de Verdun... Henriot l’avait revue à Berlin, avec moi, chez la princesse de Hatzfeld... A la suite d’une affaire grave où le prince pensa être fusillé par l’ordre de l’Empereur, le bourgmestre fut exilé et sa femme eut l’autorisation de se retirer dans sa famille... Elle était alliée au consul général autrichien à Dantzig...
—Et c’est en se rendant à Dantzig que notre cher Henriot a retrouvé Alice... Il l’aime... il a voulu la suivre... Je comprends tout à présent, dit la maréchale... L’imprudent, il l’a accompagnée jusque dans la ville...
—Il se faisait passer pour un attaché militaire au consulat... Il y avait justement à l’état-major un officier autrichien avec lequel Henriot avait noué des relations d’amitié... Cet étourneau lui aura prêté son uniforme... Henriot a pu ainsi escorter le consul général et avec lui, grâce au sauf-conduit impérial, entrer dans la ville...
—Et il a été reconnu?
—Dénoncé plutôt...
—Par qui?