Elle s’assit et dit avec émotion:

—Il y a longtemps que nous ne nous sommes vus, monsieur le comte... depuis Jemmapes, que de choses se sont passées!...

—Je suis heureux du changement qui s’est surtout produit pour vous, répondit courtoisement le comte, je vous avais quittée cantinière, mariée à un sergent...

—Un lieutenant faisant fonction de capitaine, pardon!...

—Le lieutenant a marché vite... maréchal de France, l’un des plus glorieux chefs de la première armée du monde, ami de Napoléon: je vous adresse toutes mes félicitations et je vous prie de transmettre, à votre rentrée au camp, tous mes compliments au maréchal...

—Si j’ai rappelé ces vieux souvenirs, monsieur le comte, ce n’est pas dans un but de gloriole et pour établir une comparaison entre la cantinière de Jemmapes et la femme du maréchal qui commande devant Dantzig... Monsieur le comte, dans ce château de Lowendaal, où nous nous sommes vus pour la dernière fois, vous avez pu arracher à un misérable, qui voulait la contraindre à une déplorable union, une jeune femme digne de votre amour, mademoiselle Blanche de Laveline...

—Aujourd’hui la comtesse de Neipperg...

—Oh! je l’ai bien reconnue, mais l’émoi où me plonge la terrible situation du commandant Henriot m’a empêchée de lui renouveler l’expression de ma reconnaissance pour ce qu’elle fit autrefois pour moi... N’est-ce pas elle qui m’a établie, qui m’a acheté le fonds de blanchisserie de mademoiselle Lobligeois, et ainsi m’a permis d’épouser mon Lefebvre?... Si je suis aujourd’hui la maréchale Lefebvre, c’est à votre belle et digne compagne que je le dois, monsieur le comte! Oh! je ne suis pas une ingrate, moi, et je n’attends qu’une occasion de vous prouver à tous les deux ma gratitude!... Malheureusement, actuellement, c’est moi qui viens encore solliciter...

Le comte eut une inclinaison de tête polie, semblant attendre l’explication que lui avait annoncée la maréchale et qui tardait.

Catherine fit un effort sur elle-même et dit lentement: