—Quand vous m’avez empêchée d’être fusillée avec ce brave La Violette, qui tout à l’heure était là et ne vous a pas reconnu, lui,—vous vous souvenez? dans cette chapelle où le mariage de mademoiselle Blanche de Laveline était sur le point d’être célébré... lorsque M. de Lowendaal déjà s’apprêtait à emmener à Bruxelles ou à Coblentz celle que le marquis de Laveline lui donnait pour épouse... savez-vous quel motif puissant m’avait poussée à franchir les avant-postes et à m’aventurer jusque dans les positions occupées par les troupes autrichiennes?...

Le comte de Neipperg laissa échapper un mouvement de vague assentiment et dit:

—Je ne me souviens pas très bien...

—Je vais aider votre mémoire... J’avais, dans ma modeste chambre de blanchisseuse, le matin du 10 Août, pris un engagement sacré vis-à-vis de mademoiselle de Laveline... vous l’avez oublié, vous?...

—Oh! non... fit le comte avec une expression douloureuse... je ne veux pas penser à ces lointaines années... c’était vous, madame Lefebvre, qui deviez chercher à Versailles mon enfant et le conduire auprès de sa mère, à Jemmapes... Ah! vous rouvrez là une blessure mal cicatrisée... Continuez, je vous en prie ou plutôt parlez-moi du présent... je n’ai pas besoin d’évoquer ce passé... vous avez risqué de grands dangers pour pénétrer jusque dans cette ville, dans le but louable de sauver un officier français auquel vous vous intéressez, sans doute parce qu’il est le protégé de votre mari, le fiancé d’Alice, que vous avez élevée... Parlez-moi du commandant Henriot... et permettez-moi d’oublier ce malheureux enfant que sa mère et moi regrettons toujours!

—Vous parler d’Henriot, c’est parler de votre passé! dit Catherine avec un accent profond qui fit tressaillir Neipperg.

—Que voulez-vous dire?... Je ne comprends pas...

—Que croyez-vous, monsieur le comte, qu’il soit advenu de cet enfant confié à la mère Hoche à Versailles et que je m’étais engagée à vous remettre à Jemmapes?...

—Cet enfant est mort, hélas!

—Qui vous l’a dit?