Elle regagna le camp, le cœur gros à la pensée que son Henriot allait devenir soldat de l’Autriche. «Acceptera-t-il au moins?» se demanda-t-elle en racontant à Lefebvre ce qui s’était passé avec le comte de Neipperg.

Lefebvre réfléchit un instant, puis s’écria, comme emporté par un élan subit:

—Ma foi! tant pis! les ingénieurs diront ce qu’ils voudront, ils se plaindront à l’Empereur si ça leur plaît... mais, je vais, moi, donner l’ordre d’attaquer!...

Et il sortit de sa tente en disant à Catherine:

—Rassure-toi, femme, ils ne fusilleront pas encore notre Henriot!... j’ai Oudinot avec ses grenadiers... c’est moi qui marcherai à leur tête, et nom d’un nom!... c... qui se dédit, ce soir même je prendrai Dantzig!...

[XV]
VIVE L’EMPEREUR!

Tandis que Lefebvre disposait tout pour l’assaut, le comte de Neipperg se hâtait de courir au palais où le maréchal Kalkreuth avait son quartier général.

Il fit connaître confidentiellement au maréchal les liens secrets qui l’unissaient à ce commandant Henriot, élevé dans les rangs de l’armée française, mais resté, par sa naissance, sujet de l’empereur d’Autriche. Il exigeait qu’il lui fût remis sur-le-champ.

La Prusse et la Russie tenaient essentiellement à ménager l’Autriche. Bien que s’étant mise à l’écart de la coalition, l’Autriche pouvait, d’un moment à l’autre, reprendre les armes contre Napoléon. La présence du comte de Neipperg à Dantzig était d’une haute importance diplomatique. Son intervention pouvait faire épargner à la ville les horreurs de la prise d’assaut. Le palais du consulat général d’Autriche était un terrain neutre où la capitulation, si les Français forçaient les dernières défenses, serait débattue et traitée.

Le maréchal se rendit donc aux raisons de M. de Neipperg et ordonna que le prisonnier français fût conduit, sous escorte, au consulat d’Autriche où il demeurerait gardé à la disposition des autorités, qui examineraient par la suite la réclamation du consul.