L’entrevue d’Henriot avec Alice fut touchante et joyeuse: tous deux, oubliant les dangers courus, s’abandonnèrent aux délicieux projets d’avenir, aux espérances de bonheur; ils se croyaient déjà, l’un et l’autre, à l’abri de tout péril. Le siège terminé, avec le consentement du maréchal Lefebvre, ils se marieraient et l’on ne se souviendrait plus que comme d’un mauvais rêve des angoisses subies à Dantzig.

Le comte de Neipperg, après avoir laissé Henriot et Alice à leurs épanchements, fit prier le jeune homme de venir le trouver, avant le souper, à son cabinet.

Henriot se rendit à cet appel, le cœur très à l’aise, pensant qu’il s’agissait de lui remettre son visa et de le faire reconduire aux postes français.

Neipperg, avec gravité, questionna le jeune commandant sur son origine, sur les particularités de son enfance.

Henriot raconta avec franchise et simplicité ses premières années passées au camp. C’était un enfant du bivouac. Il se souvenait vaguement de Versailles, où il avait joué devant une boutique de fruitière. Sa vie ne commençait qu’avec les bataillons de Sambre-et-Meuse et de la Moselle, où il avait été enfant de troupe. Il fit, plein d’une émotion vraie, le récit de ses premières impressions de pupille de la demi-brigade, il évoqua sa jeunesse éveillée au son du tambour, façonnée aux alertes, endurcie aux marches, rompue aux fatigues, et réjouie par la victoire.

Neipperg, avec précaution, interrogea ensuite Henriot sur ses parents.

Il répondit qu’il ne les avait jamais connus. Le maréchal et sa femme, pour lui, constituaient toute la famille.

Alors le consul dit avec une voix troublée:

—Vos vrais parents existent cependant, mon jeune ami... et vous allez peut-être vous retrouver bientôt, très prochainement même, en leur présence...

Henriot fit un mouvement, où il y avait de la surprise et aussi un peu d’indifférence: