—Pardon, monsieur, dit-il avec fermeté, les parents qui m’ont abandonné, qui n’ont jamais pris soin de mon enfance, que je n’ai jamais demandé à voir, qui jamais ne se sont informés de moi... comment voulez-vous que mon cœur aille au-devant d’eux? quels sentiments d’affection et de tendresse puis-je avoir pour ceux qui n’en ont jamais manifesté pour moi?...

—Il ne faut pas accuser ainsi... peut-être des circonstances, plus fortes que toute volonté, ont-elles empêché ceux à qui vous devez l’existence de se faire connaître, de s’occuper de vous... ils vous ont cru mort... et leur cœur a longtemps souffert de cette perte supposée... aujourd’hui leurs larmes vont se sécher, la joie allumera ses flammes dans leurs yeux où le deuil mit tant d’années les ténèbres... Henriot, ne voulez-vous pas embrasser votre mère?...

Le jeune homme éprouva une commotion extrême. Ce nom de mère qu’il n’avait donné que par reconnaissance à l’excellente femme de Lefebvre, il allait donc s’échapper de ses lèvres s’adressant à celle dont le ventre l’avait porté... il pourrait, lui aussi, nommer ses parents... il ne serait plus l’enfant du hasard, recueilli par charité, soigné, élevé, fait homme par la bonté d’un soldat et d’une cantinière... Ah! en présence de cette femme qui s’avouait sa mère, il ne pourrait conserver l’indifférence dont il venait de faire montre au consul... son âme se fondait délicieusement dans un élan d’affection neuve et de respect inconnu.

Avec un tremblement subit de la voix, il demanda:

—Et quand verrai-je ma mère, monsieur?

—A l’instant! répondit le comte radieux.

Ouvrant alors vivement la porte du salon où se tenaient Alice et la comtesse, M. de Neipperg dit à sa femme:

—Blanche!... ma chère Blanche, venez embrasser votre fils!...

Et rapidement il lui révéla ce que Catherine Lefebvre venait de lui apprendre.

Madame de Neipperg se précipita dans les bras du jeune homme et le serra sur son sein.