[II]
LE COUP DE TONNERRE

Catherine s’évertuait à balancer les bras, à tendre le jarret, à se plier, à retirer le pied en cadence, selon les indications de la musiquette tirée de l’aigre violon de maître Despréaux, jouant une ariette de Paësiello, quand la porte s’ouvrit violemment.

Lefebvre parut.

Il était en grand uniforme, des broderies partout. Le grand chapeau à plumes, porté en colonne, Napoléon se réservant le droit de porter le chapeau en bataille, ainsi que la postérité le voit toujours, avec la redingote grise, à cheval, sur la colonne, endormi au bivouac ou blessé devant Ratisbonne. La plaque de grand-aigle sur sa poitrine projetait ses feux diamantés. Le grand cordon rouge traversait son habit de maréchal, soutaché d’or.

Lefebvre semblait sous le coup d’une violente émotion.

—Ça y est! dit-il en entrant.

Et, comme ivre, hagard, convulsé, il jeta son chapeau à terre et cria:

—Vive l’Empereur!

Puis il courut à sa femme, l’embrassa, l’étreignit sur sa poitrine.

—Qu’y a-t-il, au nom du ciel! dit Catherine.