—Ah!... vous portez encore le costume autrichien, sous lequel, imprudemment, vous vous étiez introduit dans la ville, c’est fort bien! Désormais vous aurez le droit de revêtir ce costume... Je me permettrai même d’y ajouter une torsade... vous avez là un habit de capitaine... et vous étiez chef d’escadron dans l’armée française; je prends sur moi de vous maintenir dans votre grade; l’empereur d’Autriche, mon auguste souverain, ratifiera sans nul doute cette décision provisoire lorsqu’il saura quels liens nous unissent... Venez, Henriot, le maréchal Kalkreuth attend votre visite...

Henriot, horriblement pâle, n’avait pas bougé.

Il répondit, les mains crispées, une lueur de colère dans les yeux:

—Qu’avez-vous dit, monsieur?... je n’ai pas bien compris... je suis à présent ce que j’étais hier, ce que j’étais il y a quelques minutes encore... officier français, tout dévoué à la France et à l’Empereur... et si j’ai cru pouvoir porter pour quelques heures ce déguisement, voyez, je l’arrache à présent et je redeviens commandant des hussards... rien autre!...

Et, dégrafant rapidement l’uniforme blanc, Henriot fit voir en dessous sa veste de hussard français.

—Henriot!... ne faites pas de folie! s’écria Neipperg. Vous êtes mon fils, donc sujet autrichien... je vous offre de conserver votre grade dans l’armée de mon souverain... votre avancement est certain, il sera rapide... ce que je vous propose là est fort avantageux...

—Vous me proposez une lâcheté!

—Prenez garde à vos paroles! C’est votre père que vous apostrophez ainsi!

La comtesse de Neipperg s’était avancée, surprise par cette altercation.

—Mon mari!... mon fils!... calmez-vous! fit-elle, s’interposant; je comprends les scrupules d’Henriot, ce sont ceux d’un soldat plein d’honneur... depuis ses premières années il a servi la France; il ne peut pas ainsi, d’une heure à l’autre, changer de camp... laissez-lui la réflexion... il ne faut pas que la contrainte et votre autorité le forcent à abjurer sa foi de soldat!...