—Merci, ma mère, dit Henriot, de votre douce et bonne intercession... Vous ne voudriez pas d’un fils qui fût un renégat et un traître!...
—Henriot, mon fils! n’emploie pas de ces mots si terribles!...
—Je suis Français, reprit le jeune hussard d’une voix forte, je resterai Français!...
—Malheureux! c’est la mort! dit Neipperg accablé.
—J’aime mieux mourir que de trahir mon drapeau!...
—Je ne vous demande pas une trahison, reprit le comte, vous êtes entré dans cette ville sous le costume d’un officier neutre... je vous supplie de conserver ce caractère de neutralité... Vous êtes mon fils... Votre naissance vous donne la sauvegarde de la nationalité autrichienne... soyez raisonnable!... laissez-moi faire et agir pour vous... écoutez votre mère, obéissez-moi... nous sommes vos proches, votre famille...
—Je n’ai pas d’autre mère que la France et ma famille c’est mon régiment! s’écria Henriot au comble de l’exaltation. J’ai commis une faute... je suis venu dans cette ville ainsi qu’un espion... je demande à être fusillé comme tel; au moins mes camarades, qui ne pourraient comprendre ma présence ici, sauront-ils que si l’on m’a trouvé au milieu des rangs ennemis, vêtu d’un uniforme d’emprunt, c’était comme espion et non comme déserteur!...
A ce moment, du côté des remparts, de violentes détonations retentirent.
La maison trembla sous la furie de décharges d’artillerie toutes proches.
Des cris, des clameurs, de longs hurlements de foule affolée accompagnaient les fracas des canons et les déchirements de la mousqueterie...