Les renforts attendus étaient arrivés: le maréchal Mortier, Oudinot avec ses grenadiers, le maréchal Lannes avec une réserve d’infanterie, étaient venus apporter leur contingent au corps assiégeant. Les Russes avaient tenté aussitôt une attaque dans le but de chasser les Français du banc de sable sur lequel ils avançaient chaque jour, menaçant de plus en plus la place. S’ils réussissaient à déloger Lefebvre et à reculer les lignes d’investissement, les renforts devenaient presque inappréciables.

Oudinot, avec les grenadiers, repoussa les Russes et les contraignit à se renfermer dans le fort de Weichselmunde, dans l’impossibilité désormais de secourir leurs alliés les Prussiens.

Dans ce combat suprême, où trois maréchaux de France donnaient de leur personne, un boulet russe passa entre Oudinot et Lannes et faillit les abattre tous les deux. Le général Oudinot eut son cheval tué, et Lannes, dont l’heure fatale n’était pas encore venue, son uniforme couvert de terre et de débris sanglants.

Au milieu du combat un incident inattendu se produisit: l’Angleterre avait envoyé des corvettes pour secourir Dantzig. Il s’agissait surtout de ravitailler la place et de lui fournir des munitions.

Une de ces corvettes, la Dauntless (l’Intrépide), voulut profiter d’une brise du nord pour remonter la Vistule. Mais, assaillie par un feu violent d’artillerie, elle ne put avancer et échoua sur le banc de sable où une compagnie de grenadiers la captura avec son équipage.

Des forteresses prises par de la cavalerie, des vaisseaux amenant leurs pavillons devant des fantassins, tout était prodigieux dans ces combats de géants.

Le maréchal Lefebvre, enhardi par ces succès divers, se sentant soutenu par les renforts de Mortier et de Lannes, résolut alors de tenter le grand coup décisif.

Avec joie, il avait vu revenir sa femme, car il n’était pas sans appréhensions sur les suites de son équipée.

Les nouvelles qu’elle lui donna d’Henriot ne lui plurent qu’à demi.

Il se méfiait de la bonne foi prussienne et, comme il l’avait dit à Catherine, il prit ses dispositions pour tenter l’assaut immédiatement.