On était au 21 mai, à six heures du soir. Sur l’ordre de Lefebvre, quatre colonnes de quatre mille hommes chaque furent amenées dans le fossé dont le combat de la veille l’avait rendu maître.

Ces troupes d’élite conduites au pied du talus reçurent l’ordre d’attendre en silence le signal de s’élancer à l’assaut.

Le talus était formidablement défendu par des palissades, enfoncées solidement en terre, défiant le boulet qui les ébréchait, les rompait, mais ne parvenait pas à faire brèche. En outre trois énormes poutres suspendues par des cordes, au sommet du talus, menaçaient d’écraser les assaillants, quand les assiégés les précipiteraient.

On demanda, silencieusement, par les rangs, un homme courageux, un brave à trois poils, qui pût aller reconnaître ces poutres et chercher le moyen de paralyser leur chute.

—Présent! dit une voix... moi, si l’on veut, j’irai!...

Et La Violette, s’avançant vers Lariboisière, qui conduisait les sapeurs, ajouta avec modestie:

—Mon général, il y en a sans doute ici de bien plus braves que moi qui feraient l’affaire... si je me propose, c’est que je crois pouvoir arriver à hauteur des cordes... sans échelle... les Prussiens ne se méfieront pas!...

Et La Violette se redressa comme pour faire apprécier à Lariboisière la justesse de son observation et l’avantage de sa taille.

Le général serra la main de La Violette avec émotion:

—Va, mon brave, dit-il... tu tiens le salut de mille hommes dans tes mains!...