Ce fut pendant ces pourparlers que La Violette, qui avait promis à la maréchale de ramener Henriot sain et sauf, se jeta dans la ville, suivi de quelques camarades, et parvint au consulat d’Autriche, au moment où le jeune officier, préférant la mort à la honte de renier son drapeau, poussait ce formidable cri de «Vive l’Empereur!» qui devait, selon lui, attirer les ennemis furieux, et qui ne fit que guider le brave tambour-major et les grenadiers accourant à son secours.

[XVI]
LE SECRET DE NAPOLÉON

La nouvelle de la prise de Dantzig combla de joie Napoléon.

Il résolut de visiter aussitôt cette ville, désireux d’en étudier en personne les défenses et d’en reconnaître les ressources.

Quittant donc son quartier général de Finckenstein, il se dirigea vers le camp de Dantzig.

Après avoir félicité le maréchal Lefebvre sur sa bravoure et complimenté le général Chasseloup sur ses travaux du génie, l’Empereur s’était retiré pour relire les clauses de la capitulation et arrêter l’ordre et la marche en vue de l’entrée solennelle des troupes dans la ville, quand Rapp le prévint que la maréchale Lefebvre sollicitait la faveur d’un entretien particulier.

—Comment la maréchale se trouve-t-elle ici? demanda-t-il surpris... que diable! on la dit très attachée à son mari, c’est d’un excellent exemple, mais ce n’est pas une raison pour venir le surveiller jusqu’au camp... la place des femmes de nos maréchaux est à la cour, auprès de l’Impératrice, et celle de leurs maris dans les tranchées et au milieu des troupes...

L’Empereur s’arrêta, sourit, et se dit:

—Il est vrai que si j’avais écouté Joséphine, elle serait accourue ici... elle éprouvait, disait-elle dans sa dernière lettre, un désir irrésistible de connaître la Pologne... hum! les Polonaises peut-être l’attirent plus que les neiges de cet infernal pays... Est-ce que Joséphine m’enverrait la maréchale Lefebvre pour me surveiller?... Nous allons bien voir!... Je suis un vieux singe qui se connaît en grimaces... Rapp, introduisez madame la maréchale!...

Catherine était peu à son aise en présence de l’Empereur. Il avait une si terrible façon de regarder les gens! Son regard, comme une vrille, pénétrait jusqu’au plus profond de l’âme.