Il avait entrevu la possibilité de transmettre sa couronne à cet enfant d’Hortense, au fond il n’était pas très mécontent de savoir qu’on lui en attribuait la paternité.

L’armée et le peuple admettraient plus volontiers la transmission de la puissance à l’enfant qui passerait pour avoir du sang de Napoléon dans ses veines.

Cette adoption terminerait enfin la longue rivalité des Beauharnais et de la famille napoléonienne, et ses préoccupations dynastiques se trouveraient ainsi satisfaites.

La mort de cet enfant détruisait tous ses projets, abattait l’arbre généalogique qu’il s’efforçait de faire croître.

Il demeura quelques instants sans parler, sans bouger, dans une posture de sphinx foudroyé.

Catherine, interdite, contemplait cette douleur muette, où le cœur de l’homme qui s’était attaché à un enfant souffrait autant que le cerveau du politique voyant s’effondrer une partie de son œuvre.

Enfin Napoléon releva la tête, et, faisant un effort sur lui-même, maîtrisant son émotion intime ainsi que sur un champ de bataille, il demanda:

—Quelle autre nouvelle m’apportez-vous, madame la maréchale?

—Sire, répondit Catherine, dans la vie, les deuils et les joies se succèdent et les naissances alternent avec les morts... Je ne suis pas seulement une messagère funèbre... j’ai aussi à vous faire part de la naissance d’un enfant qui, sans vous consoler de la perte que vous venez d’apprendre, peut adoucir votre chagrin... une dame de la cour, qui fut attachée à son Altesse Impériale, la princesse Caroline, vient d’être mère...

—Eléonore a un enfant... un fils peut-être? demanda vivement Napoléon.