—Oui sire, un fils... qui a reçu le nom de Léon...
Napoléon s’était précipité vers Catherine et, lui saisissant les deux mains:
—Vous êtes bien certaine de ce que vous m’avancez là? demanda-t-il avec un tremblement dans la voix, bien rare chez cet homme extraordinaire, qui savait si admirablement se contenir.
—Parfaitement sûre, sire... j’ai vu l’enfant... il vous ressemble! dit hardiment Catherine.
L’Empereur la regarda fixement, mais sans colère:
—Ce n’est pas pour rien qu’on vous appelle la Sans-Gêne, vous! dit-il en avançant la main vers l’oreille de la maréchale, pour la tirer, comme il avait l’habitude de le faire avec ses grenadiers, ses officiers du palais, ses maréchaux même.
Mais il tourna le dos et commença à se promener de long en large, avec fébrilité.
Catherine l’entendit qui grommelait:
—J’ai un fils!... car cet enfant est de moi... il n’y a pas à en douter!... Ah! c’est un coup du sort!... voilà donc démenti ce bruit absurde que répandaient Joséphine et toute la famille des Beauharnais... la mienne aussi... dans un but trop facile à deviner... qu’il m’était impossible d’avoir un héritier... que ma dynastie ne pouvait se perpétuer que par autrui... je peux donc faire souche, et Corvisart n’est qu’un imbécile!... c’est un âne comme tous les médecins!... La nature a répondu à mon appel... à présent l’avenir m’appartient!... mon œuvre ne demeurera pas interrompue... Ah! madame la maréchale, quelle bonne nouvelle vous m’apportez là... décidément votre mari et vous, en ce moment, vous êtes des gens heureux, à qui tout doit réussir... Madame la maréchale, tantôt votre brave époux fera son entrée solennelle dans la ville qu’il m’a prise... tous les deux, je l’espère, vous serez contents de moi!...
Et, comme il congédiait Catherine, avec son geste brusque, il reprit en souriant: