—Vous avez le secret de Napoléon, sachez le garder, au moins!...

—Sire, j’ai aussi celui de l’impératrice Joséphine, et je dois vous le confier! dit Catherine, s’arrêtant et manifestant son intention de ne pas accepter le congé de l’Empereur.

—Joséphine a un secret?... Elle vous a chargée de me le faire connaître!... Voyons, qu’est-ce encore? Je parie qu’il s’agit de quelque dette nouvelle, d’une réclamation de fournisseur?... Joséphine est coutumière du fait... Elle sait pourtant que ses gaspillages, ses folies, me déplaisent... avec l’argent qu’elle me dépense en frivolités, je pourrais chaque année armer un vaisseau, lever une division, creuser le canal de Bordeaux, ouvrir la route de Mayence... Allons! puisque vous êtes l’ambassadrice de cette folle... dites-moi la somme?... Vite, combien?...

—Sire, il ne s’agit pas d’argent...

—Et de quoi donc, s’il vous plaît?

—L’Impératrice, qui est si bonne et qui vous aime si tendrement, sire, avertie de la naissance de cet enfant...

—Ah! l’Impératrice sait...

—On lui a tout fait connaître... Votre Majesté a des êtres envieux et méchants à sa cour...

—Oui, je devine... Ma femme a contre elle mes sœurs... Elisa et Caroline sont animées de sentiments que je déplore... Ah! madame la maréchale, mes deux familles me donnent plus de mal que tous les rois de l’Europe réunis! fit Napoléon avec un soupir témoignant de sa grande lassitude de toutes ces querelles domestiques et de toutes ces ruses de femmes jalouses et envieuses, bourdonnant autour de son trône, abeilles désagréables envolées de son manteau.—Et qu’a dit l’Impératrice? reprit-il avec un court silence, je suis curieux de connaître ses sentiments à l’égard de cet enfant?...

—L’Impératrice voudrait que Votre Majesté lui permît de le recueillir, de l’élever... et même de l’adopter, si Votre Majesté y consentait...