Avec sa rapidité d’impressions, et la surprenante vivacité de sa pensée, Napoléon avait sur-le-champ compris la portée de la mesure qu’on sollicitait de lui: on profitait du désarroi où le plongeait la mort inattendue du fils d’Hortense...

—Oui, je vois ce que l’on veut! murmura-t-il, cet enfant adopté par Joséphine serait un lien nouveau et puissant... Les Murat, Joseph, Louis, tous ceux qui rêvent de me succéder verraient sans doute leurs espérances, leurs illusions plutôt, détruites... la famille Beauharnais triompherait... oui, ce serait possible!... L’adoption de cet enfant pourrait me tenir lieu d’héritier... Mais que diraient les rois de l’Europe? reconnaîtraient-ils les droits de ce bâtard?... puisque je puis avoir un enfant, un héritier de moi... ne vaudrait-il pas mieux que cet enfant... que Napoléon II fût issu... de quelque famille régnante?

Il s’arrêta, craignant d’en avoir trop dit et son œil soupçonneux se fixa de nouveau sur la maréchale qui, faisant une grande révérence, dit alors:

—Sire, ma mission est terminée. Je prendrai congé, avec la permission de Votre Majesté, qui fera connaître à l’Impératrice, quand elle le jugera à propos, la résolution qu’elle aura arrêtée... Je vais retourner en France, toute heureuse d’avoir trouvé Votre Majesté en bonne santé et toujours victorieuse...

—Grâce à votre mari, madame la maréchale... A tantôt! vous aurez, vous aussi, de mes nouvelles, de bonnes nouvelles!

Et l’Empereur, tout à fait radieux, fit un geste de la main signifiant que l’audience était terminée.

La maréchale se releva, emportant, confidente inattendue, le secret de Napoléon qui allait modifier toute sa politique et changer toute sa vie; elle entrevoyait le projet qui était en partie échappé à l’Empereur, conséquence de la preuve qu’il avait de sa possibilité de donner à l’empire un héritier de sang royal: le divorce, déjà, comme le blé dans le grain qu’on sème, germait dans les profondeurs de la pensée du nouveau Charlemagne.

[XVII]
LA BELLE POLONAISE

Le divorce! ce grand événement de l’existence impériale, n’était encore qu’un point obscur dans la pensée du monarque, une de ces confuses perceptions d’un avenir possible, mais improbable, qu’on entrevoit dans les brumes de la rêverie, du désir, de l’éventualité.

A plusieurs époques de sa vie, Napoléon avait songé à ce moyen de rompre son mariage avec Joséphine.