Et s’il ne se décidait pas à une adoption, pourquoi ne chercherait-il pas dans les familles régnantes une princesse qu’il épouserait et qui lui donnerait un fils, ayant pour grand-père un roi, et dont par conséquent aucun souverain n’oserait par la suite contester les droits à l’hérédité de l’empire?

Napoléon agita longuement ces réflexions et ces projets dans son esprit, subitement échauffé à l’idée d’un mariage qui lui ôterait sa tare originelle de soldat parvenu. Son fils, l’enfant qu’il aurait d’une fille de maison souveraine, régnerait après lui en vertu de la fiction de l’hérédité du principe monarchique. La certitude où il se trouvait de pouvoir être père, avec une autre femme que Joséphine, lui fit envisager le divorce comme un instrument de consolidation pour son trône. L’amour qu’il ressentait pour la belle Polonaise le disposa à rompre le lien qui depuis tant d’années l’attachait à Joséphine.

Pour la première fois, il songea qu’elle était vieille, et rapidement il chercha dans sa mémoire quelle princesse, jeune et agréable, il pourrait rencontrer, dans les cours d’Europe, pour en faire une Impératrice.

Sa méditation fut interrompue par Rapp, l’avertissant que l’armée se mettait en marche et que le maréchal Lefebvre faisait, selon ses ordres, son entrée solennelle dans la ville de Dantzig.

[XVIII]
MONSIEUR LE DUC

Le 26 mai 1807, le maréchal Lefebvre fit son entrée solennelle dans la ville de Dantzig.

Il avait offert à ses deux collègues, le maréchal Lannes et le maréchal Mortier, de chevaucher à côté de lui, entre les deux rangs de troupes faisant la haie, et de recevoir le salut et l’épée du maréchal Kalkreuth, défilant avec la garnison vaincue.

Lannes et Mortier refusèrent: Lefebvre seul avait droit aux honneurs du triomphe, ayant été seul à la peine et aux dangers de ce siège mémorable.

Toutes les troupes qui avaient concouru à la prise de Dantzig fournirent un détachement d’honneur et entrèrent, tambour battant, drapeau déployé, derrière leur glorieux chef.

Le génie marchait en tête. Sur les six cents hommes que comportait cette troupe d’élite, la moitié avait péri dans les tranchées.