L’Empereur avait reconnu sa valeur, et l’ordre du jour suivant avait été lu, avant l’entrée dans la ville, à toute l’armée:
«La place de Dantzig a capitulé et nos troupes y sont entrées aujourd’hui à midi.
»Sa Majesté témoigne sa satisfaction aux troupes assiégeantes. Les sapeurs se sont couverts de gloire.»
Ce siège avait duré cinquante et un jours. La position formidable de la place, la force numérique égale chez l’assiégé aux troupes assiégeantes, l’insuffisance de l’artillerie de siège, le climat rude, la neige, la pluie, la boue, avaient contribué à prolonger la résistance.
La garnison fut fort éprouvée. Sur 18,320 hommes, 7,120 seulement sortirent vivants de la ville et des forts avoisinants.
L’effet moral de la reddition de Dantzig fut considérable. Le résultat matériel fut aussi très important: Napoléon trouva dans la ville des approvisionnements immenses: des grains et surtout du vin qui fut envoyé aux cantonnements de la Passarge. Le précieux liquide, sous ce climat froid, fut pour l’armée un cordial énergique, un élixir de bonne santé et de joyeuse humeur.
Napoléon, deux jours après l’entrée de Lefebvre, vint visiter les tranchées, inspecter les travaux. Il attribua au 44e et au 151e de ligne Dantzig pour garnison et invita tous les généraux à un grand dîner où Lefebvre fut placé à sa droite.
Avant le repas, tandis que tous les généraux et les maréchaux Lefebvre, Lannes et Mortier attendaient l’arrivée de l’Empereur, le grand maréchal Duroc parut, portant une épée à la poignée finement ciselée, enrichie de diamants.
Un officier l’accompagnait avec un coussin de velours rouge sur lequel était posée une couronne d’or fermée.
Duroc tenant l’épée, et l’officier le coussin avec la couronne, se postèrent des deux côtés du fauteuil réservé à Napoléon.