—Je ne sais pas! dit Lefebvre, mais rien n’est loin pour l’Empereur!...
—Et quand allons-nous à Berlin?
—Demain.
—Si tôt que cela?
—L’Empereur est pressé. Ces Prussiens ont un fier toupet. L’Empereur ne leur a jamais rien fait. Ils sont venus autrefois envahir la France avec les Autrichiens, les Anglais, les Russes, les Espagnols, tous les peuples enfin. On leur avait pardonné. C’était un petit Etat, où il y avait beaucoup d’hommes intelligents, à ce qu’il paraît... L’Empereur les aime... il a toujours parlé avec éloge d’un nommé Goëthe, un garçon qui écrit dans les journaux... il disait qu’il l’aurait fait comte, s’il avait été français, comme il aurait fait prince un appelé Corneille, un Rouennais, qui je crois, est mort.
—Alors l’Empereur veut battre les Prussiens?
—Oui, et il nous a étonnés tous, quand il nous a dit que ce serait difficile. Ça ne compte pas pour nous, les Prussiens! Ce pays-là, ça existe à peine... L’Empereur prétend que la guerre sera glorieuse, il s’y connaît mieux que moi... Enfin, ça le regarde! Notre métier à nous, c’est de cogner pour lui... là où il nous montre l’ennemi à entamer, nous cognons!... C’est égal, ça m’humilie d’avoir à donner des coups de sabre à un petit peuple comme les Prussiens... Il n’y a pas de gloire à écraser de si minces adversaires!
—Pardon, monsieur le maréchal, les Prussiens ont eu le grand Frédéric et ils célèbrent tous les ans la fête de Rosbach! se hasarda à dire Despréaux, tout en prenant prudemment du champ, de peur de rencontrer encore le contact incivil de la botte du maréchal.
Lefebvre haussa les épaules.
—Rosbach?... connais pas!... C’est de l’histoire ancienne... d’ailleurs l’Empereur n’y était pas... Là où il est, on n’est jamais battu!