Au-dessous de lui ses frères devenus rois, Louis ayant la Hollande, Joseph l’Espagne, Jérôme la Westphalie.
A côté d’eux, un peu au-dessous, son beau-frère Murat, roi de Naples, Eugène, vice-roi d’Italie.
Puis des princes, les grands héros des batailles, Ney, Berthier; des ducs, Lefebvre, Augereau, Lannes, Victor, Soult; des comtes et des barons, parmi lesquels des administrateurs, des financiers, des diplomates, enfin les simples chevaliers, les légionnaires qu’il avait institués au camp de Boulogne.
Par cet échafaudage savant et adroit, il redonnait à l’ordre social reconstitué ses cadres, son organisation, sa forme féodale, et dans le moule de l’ancienne France, il jetait, à pleines poignées, la matière révolutionnaire.
C’est pour cette raison qu’ayant décidé de refaire une noblesse et de créer des ducs et des comtes d’Empire, son choix s’était d’abord arrêté sur Lefebvre.
La bravoure légendaire, les services militaires, la probité inattaquable de Lefebvre, à une époque où les généraux les plus illustres, comme Masséna, étaient de fieffés déprédateurs, justifiaient cette distinction, dont le siège de Dantzig fournissait le prétexte. Mais, en réalité, Napoléon, en faisant de Lefebvre le premier duc de son empire, cherchait à frapper l’esprit de son armée et à bien mettre en lumière la nature et le caractère de la nouvelle noblesse.
C’était parce qu’il était fils de paysan, et qu’il l’avait connu sergent aux gardes-françaises que l’Empereur prit Lefebvre comme prototype des serviteurs que sa volonté anoblissait.
Le nouveau duc, qui d’ailleurs, avec l’épée et la couronne, recevait une dotation de cent mille livres,—mais dont le titre et le majorat n’étaient stipulés transmissibles que si ses héritiers servaient dans l’armée, précaution prise par Napoléon vis-à-vis du fils de Lefebvre, fort peu militaire,—souleva naturellement beaucoup d’envie. Il stimula aussi l’héroïsme et le dévouement de ses compagnons d’armes. Chacun, en secret, pensait à s’illustrer davantage afin d’obtenir de l’Empereur une distinction analogue à celle qui venait tout à coup de placer au premier rang de la société impériale l’ancien sergent, le volontaire de 92, l’officier subalterne de l’armée de Sambre-et-Meuse.
Tout ému par l’embrassade de l’Empereur, un peu gêné par la couronne qui tenait mal sur sa tête et cherchant où placer l’épée ducale qui venait se substituer au sabre des Pyramides, le duc de Dantzig dit à Duroc, qui le félicitait:
—Moi! je m’en f... de tout cet attirail-là... Mais c’est ma bonne femme qui va être bougrement contente! Catherine duchesse, vois-tu ça, Duroc!