Elle paraissait même ridicule à force d’aimer son mari.

Blanchisseuse, cantinière, générale, femme d’un grand officier de l’empire et même madame la maréchale, elle n’avait eu, dans sa noble existence, la fille du peuple devenue grande dame de la Révolution couronnée, qu’un seul amour: son homme, son Lefebvre.

Lui, de son côté, lui avait gardé une fidélité rare chez les terribles sabreurs de l’Empire.

Il n’avait pas même eu les faiblesses accidentelles et permises de son maître, de son ami, de son dieu: Napoléon pouvait tromper, en passant, l’Impératrice; Lefebvre hochait la tête en souriant et disait: «C’est le seul terrain où je ne suivrai pas l’Empereur!»

Et puis, avec son rire de brave homme, il ajoutait devant ses aides de camp moins scrupuleux:

—Si je trompais Catherine, voyez-vous, ça me gênerait pour cogner sur les Prussiens!... Je penserais à elle tout le temps, j’aurais des remords, et il faut avoir le cœur sain et la conscience tranquille pour se battre, comme nous le faisons, un contre vingt!...

Le brave Lefebvre ne rougissait nullement de sa vertu conjugale. Il était, il le faut dire, pour la probité, pour la fidélité et pour l’héroïsme, une exception en tout, cet Achille paysan sorti des rangs du peuple, resté naïf, toujours républicain, qui avait refusé d’être le collègue de Carnot et de Barras au Directoire, ne se jugeant pas assez capable, et qui n’aimait que trois choses sur la terre: sa femme, sa patrie, son empereur. Les autres maréchaux, qui se moquaient de lui, ne devaient pas l’imiter et devaient trahir par la suite la France et Napoléon, avec la même facilité qu’ils faisaient ce qu’ils appelaient «une queue» à leurs épouses, d’ailleurs rarement en reste avec eux.

La réception de l’Impératrice était au grand complet lorsque la maréchale se présenta.

Caroline et Elisa, les deux sœurs de Napoléon, étalaient leur insolence et leur impudente convoitise.

Caroline était reine de Naples. Elisa, la demoiselle de Saint-Cyr, ne possédait que la principauté de Lucques et celle de Piombino. D’où rivalité sourde et guerre d’épigrammes entre les deux sœurs.