—Quel dommage que Catherine n’ait pas été là! dit-il en soupirant... jamais Sa Majesté n’a été de meilleur poil... mais quel singulier cadeau que ce chocolat de Dantzig!...

Et machinalement il défit le paquet remis par Napoléon.

Il y avait sous le papier de soie, entassés par liasses, trois cent mille francs en billets de banque.

C’était le cadeau fait au nouveau duc pour soutenir son rang.

Depuis ce temps, entre troupiers, car Lefebvre ne cacha nullement le bienfait de l’Empereur, on appela toute aubaine, tout rabiot, du «chocolat de Dantzig».

La faveur dont le maréchal jouissait auprès de l’Empereur servait sans doute à protéger sa femme contre les médisances et les propos aigres-doux.

Toutefois, les deux sœurs de Napoléon et les dames qui cherchaient à leur plaire ne voulaient pas manquer une occasion aussi propice que la réception de l’Impératrice pour l’humilier et lui rappeler son humble origine.

Les circonstances favorisaient les venimeuses pécores.

Catherine Lefebvre, en grand costume, la tête surchargée d’un panache de plumes d’autruche blanches dominant l’échafaudage de sa coiffure savante, traînant sa robe de cour, chef-d’œuvre de Leroy, et fort embarrassée de son long manteau de velours bleu ciel semé d’abeilles d’or, avec la couronne ducale brodée aux coins, s’avança radieuse et pourtant intimidée sur le seuil du salon.

La Sans-Gêne, cette fois, était gênée.