—Hein! ça te la coupe, fiston! dit-elle avec un geste de satisfaction.

Elle prit place dans le cercle des dames, au milieu de rires étouffés et de clignements d’yeux railleurs.

Bien que l’Impératrice cherchât à la mettre à son aise, en lui adressant de bienveillantes paroles, Catherine s’aperçut qu’on se moquait d’elle.

Elle se pinça les lèvres, se retenant pour ne pas apostropher les insolentes et leur clore le bec.

—Qu’ont-elles donc après moi, toutes ces chipies-là? murmura-t-elle. Ah! si l’Empereur était ici, ce que je me donnerais le plaisir de leur lâcher ce que j’ai sur le cœur!...

Comme la conversation prenait un tour assez vif parmi les dames, et que la pauvre duchesse se trouvait sur le tapis, enrageant de ne pas répondre, un personnage rasé, à mine discrète et à physionomie chafouine, que la plupart des courtisans considéraient avec une attention qui semblait à la fois méprisante et craintive, s’approcha d’elle.

—Vous ne me reconnaissez pas, madame la duchesse? dit-il en saluant obséquieusement.

—Pas précisément, répondit Catherine, je jurerais pourtant que je vous ai vu quelque part...

—C’est exact!... nous sommes de vieilles connaissances... Quand vous n’étiez pas encore au rang élevé où j’ai l’honneur de vous saluer...

—Vous voulez dire quand j’étais blanchisseuse?... Oh! ne vous gênez pas, monsieur, je ne rougis pas de mon ancien état. Lefebvre non plus! J’ai conservé dans une armoire mon modeste costume d’ouvrière; il a gardé, lui, son uniforme de sergent aux gardes-françaises!...