—Eh bien! madame la duchesse, reprit l’homme doux, à la parole onctueuse, et dont l’allure avait un peu du prêtre et beaucoup du bandit, à cette époque déjà lointaine, dans un bal populaire où j’eus le plaisir de me trouver en votre compagnie... j’étais votre client... presque votre ami... un sorcier vous fit la prédiction que vous seriez un jour duchesse...

—Oui, je me souviens de ce diseur de bonne aventure... Bien des fois, avec Lefebvre, nous avons rappelé ces souvenirs... Et ne vous a-t-il rien raconté à vous, le sorcier?

—Si fait!... j’ai eu aussi mon horoscope... et, comme pour vous, il s’est réalisé...

—Vraiment! et que vous avait-il prédit?

—Que je serais un jour ministre de la police!... et je le suis! ajouta le personnage avec un fin sourire.

—Vous êtes M. Fouché! fit Catherine tressaillant, un peu inquiète du voisinage de cet homme redoutable, en qui, avec l’instinct des femmes, elle flairait le traître.

—Pour vous servir, madame la duchesse! dit tout bas, en s’inclinant, le félin courtisan.

Et il reprit aussitôt, faisant ses offres de services, car voyant la faveur dont Lefebvre et sa femme recevaient les témoignages de l’Empereur, il cherchait à se concilier les bonnes grâces de la nouvelle duchesse:

—Vous aurez ici pas mal de rivales, d’ennemies même, madame la duchesse, permettez-moi de vous avertir de certains périls... Ne donnez pas à ces dames le plaisir de profiter de quelques ignorances, de quelques imprudences de langage, dont vous ne craignez pas de leur offrir la pâture...

—Vous êtes bien honnête, monsieur Fouché! j’accepte votre offre! répondit avec bonhomie Catherine. Vous m’avez connue dans le temps, vous savez bien, vous, que je ne fais pas de manières... Mais je n’ignore pas qu’il y a des choses qu’il ne faut pas dire en société... Seulement je ne me rends pas toujours compte, je laisse aller ma langue et va te faire fiche!... vous comprenez ça, vous qui, en votre qualité de ministre de la police, devez être un malin!...