—Il y a des choses que je sais, d’autres qui m’échappent, répondit modestement Fouché... Tenez, madame la duchesse, voulez-vous m’autoriser à vous crier casse-cou, comme au jeu de colin-maillard, lorsque vous vous avancerez, trop hardiment, à l’aveuglette, parmi les chausse-trapes dont cette cour est, comme toutes les cours d’ailleurs, largement munie?...
—Volontiers, monsieur Fouché, vous m’obligerez infiniment; je suis si ignorante des usages des palais, moi, qui n’ai quitté le fer à repasser que pour porter le bidon de la cantinière!
—Eh bien! madame la duchesse, observez-moi et quand je taperai, comme ceci, avec les deux doigts, sur ma tabatière, arrêtez-vous... il y aura casse-cou!
Et Fouché donna deux légers coups sur la boîte d’écaille où il puisait son tabac.
—C’est entendu, monsieur Fouché, je ne vous perdrai pas de vue, ni vous, ni votre tabatière...
—Ma tabatière surtout!
Et cet arrangement fait, tous deux suivirent l’Impératrice qui engageait ses invités à passer dans le salon voisin où une collation était préparée.
[II]
LA REVANCHE DE CATHERINE
Les propos médisants et les commérages caustiques avaient accompagné la maréchale Lefebvre dans la salle du souper.
La reine de Naples et sa sœur Elisa avaient groupé autour d’elles quelques bonnes amies, faisant des gorges chaudes sur la duchesse improvisée.