Elisa voulait se donner la joie de faire raconter à nouveau l’histoire de la fouille devant l’Impératrice.

Elle mettait donc Catherine sur la voie et celle-ci allait tomber en plein dans le piège, quand une légère toux la fit se retourner.

Fouché, à quelques pas d’elle, tapait nerveusement sur sa tabatière.

—Diable! il me crie casse-cou!... j’allais encore lâcher quelque sottise! se dit-elle... heureusement que Fouché m’avertit... Je le suppose une franche canaille, mais il peut donner un bon avis...

Et aussitôt, intelligente et primesautière comme elle l’était, l’idée lui vint de donner une leçon à toutes ces fausses grandes dames, qui n’étaient riches, superbes, éblouissantes, que par le hasard de la richesse et la bonté de Napoléon.

Elle s’avança au milieu du cercle moqueur, et regardant bien en face Caroline et Elisa, leur dit, avec une ironie qui les démonta:

—Parbleu! majesté, et vous, madame la princesse, vous faites bien de l’honneur à une pauvre femme comme moi parce qu’elle a réussi à surprendre un voleur... un méchant voleur... un voleur de rien du tout... un domestique, un frotteur, qui n’était ni maréchal, ni roi, ni apparenté à l’Empereur... ce sont ces filous de peu que l’on prend, mesdames; les autres, on les regarde, on les salue!... En vérité, j’ai eu tort et j’aurais dû laisser le diamant volé à ce malheureux, lorsque tant de voleurs couronnés viennent piller l’Empire et se partager les dépouilles de notre pauvre pays de France!...

Les paroles de Catherine produisirent un effet foudroyant dans le brillant entourage de la reine de Naples.

Fouché s’était avancé de quelques pas et multipliait les frappements de l’index et du médius sur sa tabatière.

Mais Catherine était lancée. Elle ne voulait pas s’arrêter.