A trois heures du matin le feu commença.
L’action devait être décisive. C’était l’effort brusque et complet de toutes les forces dont l’empereur de Russie disposait. Alexandre avait promis à Frédéric-Guillaume de tenter un suprême combat pour sauver la Prusse.
Lannes, avec des forces trop inférieures, se trouvait en péril, quand Mortier entra en ligne avec la division Dupas. A ce moment, le maréchal Mortier eut son cheval abattu sous lui par un boulet de canon. Pour lui aussi la destinée n’avait pas encore marqué l’heure fatale. Ce n’est pas sous le feu de l’ennemi, au milieu de la mêlée qu’il devait rencontrer la mort: bien des années plus tard, sur le boulevard du Temple, à une revue de la garde nationale, les projectiles de la machine de Fieschi, visant Louis-Philippe, devaient l’abattre.
La résistance de Lannes permit à Napoléon d’arriver.
Il galopait, radieux, confiant, en avant de son escorte, impatient de prendre part à l’action et de commander en personne la victoire.
Oudinot, tout sanglant, son uniforme troué, lui cria en passant:
—Hâtez-vous, sire, mes grenadiers n’en peuvent plus... mais donnez-moi du renfort et je f... tous les Russes à la rivière!
Napoléon fit un signe de la main et, arrêtant son cheval, braqua sa lunette sur le champ de bataille.
La journée était déjà avancée. Lannes, Mortier, Ney, qui l’entouraient, conseillèrent de remettre au lendemain la bataille. On aurait le temps de rassembler toute l’armée.
—Non! répondit l’Empereur, il faut continuer ce que vous avez si bien commencé... on ne surprend pas deux fois l’ennemi en pareille faute!...