L’ordre bien donné de ne pas marcher en avant sur la gauche et d’attendre que les Russes fussent écrasés à droite, fut bien compris, admirablement exécuté.
Le feu avait presque cessé. Les Russes pensaient la bataille terminée, au moins pour ce jour-là.
Dans un silence, semblable à ces lourdes accalmies qui précèdent le fracas d’un orage, l’armée se massait et prenait ses dispositions de combat.
Un signal devait être donné par une batterie de vingt pièces de canon, auprès de laquelle se plaça Napoléon.
Napoléon, comme le cavalier prudent, laissait souffler ceux qui portaient sa fortune et la gloire de la France.
Résistant aux impatientes demandes des généraux et des soldats qui voulaient aborder l’ennemi, avec calme il attendait que le mouvement tournant qu’il avait combiné fût commencé.
Alors il donna le signal.
Ney lança ses hommes en avant. Ce fut une descente dans une fournaise. L’artillerie russe couvrait de mitraille les assaillants. Un instant les ravages furent si terribles, car des files entières d’hommes étaient emportées par les boulets venant de face et de côté, que l’infanterie de la division Bisson hésita, s’arrêta.
Napoléon ordonna alors sur-le-champ au général Sénarmont de se transporter avec son artillerie en face des batteries russes.
Audacieusement, sous le feu de l’ennemi, le général disposa ses pièces. On se battit d’une rive à l’autre, à coups de canon, à portée de fusil.