Le 19 juin, Napoléon arriva sur les bords du Niémen, fleuve qui sépare la Prusse orientale de l’empire russe.
La grande armée, partie du camp de Boulogne, en septembre 1805, avait traversé l’Europe en cohorte triomphale.
L’Autriche écrasée à Austerlitz, la Prusse anéantie à Iéna, la Russie battue et démoralisée à Friedland,—que restait-il à faire?
La paix?
Oui, mais avec l’Europe civilisée, avec l’Angleterre, avec l’Autriche, avec la Prusse—et non avec les barbares de la Russie, qui, à la première occasion, chercheraient à se ruer sur la France, fille de la Révolution aux institutions toujours démocratiques.
Malheureusement l’Empereur se laissa prendre au piège de l’amitié feinte du czar Alexandre.
On lui parla—Talleyrand, Fouché, les deux traîtres qui l’entouraient—d’épouser la grande-duchesse Anne, sœur de l’empereur de Russie.
C’était flatter son désir secret de s’allier à une famille régnante et d’avoir un héritier pouvant justifier d’un grand-père occupant le trône non par la fortune des armes, mais par le droit divin et la fiction de l’hérédité.
La grande-duchesse Anne n’avait pas quinze ans. Elle était de petite taille et paraissait déjà fort jolie. On lui trouvait une ressemblance avec l’impératrice Catherine, à raison de son nez aquilin, qui n’avait rien du vilain et camus nez tartare des souverains russes. La princesse avait été élevée avec grand soin par madame de Lieven. Elle promettait une souveraine accomplie...
Mais les qualités physiques et morales importaient peu. C’était l’alliance avec l’empereur Alexandre qui préoccupait Napoléon, déjà résolu à faire rompre son mariage avec Joséphine.