—Quel grand homme! Quel génie! quelles vues larges! quelle profondeur d’esprit!... Ah! que ne l’ai-je connu plus tôt! que de fautes il m’eût épargnées! que de grandes choses nous aurions accomplies ensemble!...

Le Slave aux impressions successives et aux sentiments changeants, était certainement sincère lorsqu’il exprimait cette admiration temporaire.

Il profita de l’influence qu’il acquérait de plus en plus sur Napoléon pour plaider la cause du roi de Prusse.

On tenait à distance ce souverain sans royaume.

Les trois monarques prenaient leur repas en commun, puis après le dîner, on se séparait, et les deux empereurs, laissant le roi de Prusse se morfondre, s’enfermaient dans un salon et causaient longuement.

Le pauvre roi de Prusse, dont le partage des états était en jeu, suppliait Alexandre de le défendre, d’obtenir de Napoléon qu’on ne le réduisît pas aux anciens électorats de Brandebourg et de Saxe.

Il crut bien faire en rappelant auprès de lui sa femme. Sa beauté, sa grâce et son esprit toucheraient sans doute Napoléon. Il s’agissait par-dessus tout de conserver la place forte de Magdebourg.

La reine de Prusse, qui attendait dans la ville de Memel le résultat des négociations, se hâta d’accourir.

Elle avait trente-deux ans et passait pour la plus belle femme de l’Europe.

Elle essaya de séduire Napoléon, mais celui-ci, défiant, ferma les yeux, se boucha les oreilles, et ne permit pas à la séduction d’entrer dans son cœur.