La reine s’y prit maladroitement. Elle haïssait le vainqueur et feignait mal une passion subite conçue pour lui. Elle jouait son rôle de femme frappée du coup de foudre en actrice médiocre, permettant de voir la leçon serinée et peu retenue.

A cette souveraine qui s’offrait pour racheter son royaume, Napoléon opposa une froideur calculée et une fermeté glaciale.

Comme il lui présentait poliment une rose prise sur la table, au cours d’une visite, la reine dit aussitôt d’une voix câline:

—Ah! sire, avec Magdebourg!...

Elle se pencha vers l’Empereur, respirant la rose, l’œil humide, le sourire engageant, un peu comme une courtisane allumant le riche galant attiré et elle lui murmura:

—Ah! sire, si vous vouliez être généreux... être bon!... comme on vous bénirait!... comme on vous aimerait...

Napoléon interrompit sèchement cette souveraine minaudant et faisant de trop significatives avances:

—Votre Majesté devrait savoir mes intentions, dit-il, je les ai communiquées à l’empereur de Russie, pour qu’il se chargeât de les faire connaître au roi Guillaume, puisque l’empereur Alexandre avait bien voulu être médiateur entre nous. Ces intentions sont invariables. Ce que j’ai fait, madame, je ne puis même vous cacher que je ne l’ai fait que pour l’empereur de Russie...

Et, saluant, il se retira.

C’était sec et raide. La reine de Prusse, humiliée comme femme dont on refusait la possession, se trouvait définitivement dépossédée comme souveraine. Elle en conserva une haine irréconciliable contre Napoléon et contre la France.