Quant à son faible et un peu ridicule mari, il se montra plus sensible aux affronts que lui fit subir Napoléon, affectant de le traiter comme une non valeur couronnée, que de la perte de la moitié de ses provinces.
A une partie de cheval surtout il avait été cruellement froissé.
Napoléon, qui toujours tenait sa monture en avant, s’était mis à partir en sifflotant, laissant le roi de Prusse auprès de Duroc, demandant timidement:
—Faut-il le suivre?...
Le roi vaincu se ressouvint de son humiliation, quand vainqueur, à son tour, il se montra impitoyable pour celui qui, en somme, l’avait épargné.
Si Napoléon commit à Tilsitt la faute énorme en s’abandonnant à la chimère d’une alliance russe, il fit aussi la faute secondaire de ne pas écraser son ennemi, de ne pas morceler les états prussiens. Il n’abattit cette puissance que juste assez pour donner au peuple allemand le désir de la revanche et pour ranimer son patriotisme. Il y avait aussi un autre moyen qui consistait à ménager l’amour-propre du roi de Prusse et à s’en faire un ami, un protégé. Frédéric-Guillaume n’eût pas demandé mieux. Mais il n’avait ni sœur, ni parente à donner comme épouse à Napoléon. Il fut sacrifié.
La paix de Tilsitt fut signée le 6 juillet 1807. Le lendemain, les souverains échangèrent les ratifications.
Napoléon portait le grand cordon de Saint-André, Alexandre le grand cordon de la Légion d’honneur.
La garde impériale russe et la vieille garde, rangées en bataille, faisaient la haie.
Napoléon fit sortir un grenadier russe et lui attacha lui-même la croix de la Légion d’honneur sur la poitrine, au milieu des applaudissements des deux armées.