Puis, les tambours battant aux champs, les deux empereurs s’embrassèrent une dernière fois et se séparèrent.
Cette entrevue mémorable était terminée. La France était glorieuse, triomphante. Napoléon dominait l’Europe respectueuse, éblouie. Alexandre emportait une vive admiration pour le général parvenu, plus des concessions fort avantageuses pour un souverain à qui les armes avaient été contraires.
Le roi de Prusse payait les frais de l’alliance.
Disparu, caché à Memel, auprès de sa reine en pleurs, Frédéric-Guillaume ruminait la vengeance. On l’avait frappé, assez fort pour l’exaspérer, trop faiblement pour le mettre hors d’état de prendre sa revanche.
Et Napoléon, entraîné par son imagination, attiré par le mirage de l’alliance russe, debout sur le faîte où la victoire l’avait monté, allait commencer à descendre le versant fatal, au bas duquel étaient le désastre, l’abdication, l’exil, la mort.
[IV]
L’ALLIANCE AUTRICHIENNE
Trois années s’écoulèrent sans que Napoléon donnât suite à ses projets de divorce et cherchât à réaliser son rêve de l’alliance russe, consolidée par un mariage avec la grande-duchesse Anne.
La guerre d’Espagne, la campagne d’Autriche avaient rempli ces années.
Ce désir d’avoir un héritier et de fonder sa dynastie sur un mariage avec la fille ou la sœur d’un souverain grandissait cependant, de plus en plus, dans le cœur de Napoléon.
A Erfurt, il s’était ouvert nettement à son bon ami l’empereur Alexandre de son souhait de cimenter l’alliance en devenant son beau-frère.